Du 7 au 16 décembre une mission de Guinée Cornouaille s’est rendue en Guinée. 3 membres la composait : Guy Morvan, le président, Claire Fauvet, la trésorière adjointe, Olivier Marché, un de ses membres. Guy est venu plusieurs fois en Guinée dans le cadre de formations pour les services publics. Claire et Olivier y ont vécus 2 ans, à Kindia.
L’objectif principal était d’évaluer les réalisations de deux projets et de rencontrer les partenaires locaux, notamment l’ADSEV. En effet aucun des mes membres de la mission n’avaient rencontrés ceux de l’ADSEV en personne.
- Le premier article présente la première partie de la mission : les visites dans la sous-préfecture de Songoyah.
- Le second article présente lui la deuxième partie qui se concentre aux réalisations dans le village de Sansando.
À notre retour à Faranah, nous avions rendez-vous avec M. Mamady Saran Oularé, Directeur des micro-réalisations (DMR) à la préfecture. Il nous a directement introduit auprès du préfet, M. Albert Kamano. S’est ajouté M. Mohamed Tenimba Oularé, maire en tant que Président de la Délégation Spéciale (PDS) de Faranah. Présent également, l’ancien sous-préfet de Songoyah. Nous exposons au préfet les objectifs de notre mission et les lieux visités. Nous lui rendons compte du magnifique accueil reçu, de la rencontre avec le PDS de Songoyah et les chefs de district.
Une des raisons de notre rencontre avec le DMR était de connaitre l’état d’avancement des plans de développement locaux (PDL communaux). En effet il s’agit d’inscrire notre action dans ces PDL. Les actuels PDL datent de 2019 et expirent cette année 2024. Une procédure de renouvellement pour 5 ans est en cours, menée, animée par des agents de développement. Ils sont suivis et aidés par l’agence nationale ANAFIC, qui finance en partie les projets des collectivités locales, écoles, centres de santé, eau, etc. à partir d’une taxe prélevée sur les exploitations minières.
À une autre de nos questions, M. Oularé (DMR) nous répond qu’il n’a pas connaissance d’autres ONG intervenants dans les villages où nous opérons. Il cite Plan Guinée et la Croix-Rouge qui interviennent dans la préfecture. Le préfet lui-même n’a pas reçu de visite d’autres ONG depuis sa prise de fonction.

Le vendredi 13 décembre, avant de partir à Sansando, nous retrouvons les membres de l’APEK Agriculture : son directeur, M. Soriba Camara, M Michel Thonamou, chef de projet, M. Fodé Cissé, formateur et leur chauffeur, M. Mohamed Camara. Se joint à nous, M. Kémo Komah, habitant de Sansando et conseiller agricole du village.
Notre délégation rencontre M. Amadou Keïta, directeur préfectoral de l’agriculture (DPA) et son directeur adjoint, M. Mamadi Dokouré. L’objectif de cette rencontre est de nous présenter mais surtout d’échanger sur le travail réalisé à Sansando. Il nous témoigne de sa grande satisfaction de la collaboration qu’il a entretenu avec l’APEK Agriculture. Il loue leur professionnalisme, leur respect des règles, leur achat de semences certifiées par la DPA. « C’est une ONG reconnue sur l’ensemble de la Guinée ». Le DPA souligne l’importance des liens des ONG avec la DPA afin d’assurer la pérennité de leurs actions. 70% des projets agricoles sont financées par les partenaires financiers. « C’est nous qui pouvons parler des besoins prioritaires des paysans ». Il insiste sur les fortes potentialités agricoles de la région : tubercule, manioc, fonio, riz… Une cartographie des terres agricoles est en cours. Comme beaucoup d’administration, il manque de moyen notamment pour permettre à ses conseillers agricoles de se déplacer dans les villes et villages. Nous échangeons sur le problème de la divagation des animaux domestiques, notamment les vaches, qui perturbent beaucoup les cultures et leur récolte. Le directeur de l’APEK, Soriba Camara, évoque la nécessité d’un appui renforcé pour Sansando. Il est indispensable qu’un agent technique de la DPA suive Kémo Komah pour la suite du projet. Il explique la philosophie de l’APEK pour l’appropriation du projet : une ONG doit prendre du recul, ne peut pas rester indéfiniment sur un même projet. La population doit faire un pas. Pour autant l’APEK ne quitte pas les projets passés, en circulant ou par les contacts qu’elle a, le devenir des projets continuent d’être observés. Le DPA est d’accord sur le principe de mise à disposition d’un agent technique. Il sollicite notre aide pour trouver le financement nécessaire à ses déplacements. Nous insistons sur la complémentarité d’une action à trois : le service technique de la DPA, l’ONG délégataire APEK qui encadre le projet et noutre association Guinée-Cornouaille qui agit comme appui et partenaire financier, collectant en France des aides d’individus, de collectivités et de fondations. Pour nous, il s’agit de renforcer les capacités d’action des villages en s’appuyant sur les compétences de la DPA et les choix des administrations locales.

Sur la piste, nous nous arrêtons à la sous-préfecture de Beindou où nous attend une grande délégation : M. Oularé, Maire – Président de la Délégation Spéciale de Béïndou, le Secrétaire général de la commune, M. Dopavogui, sous-préfet et M. Aboubacar Camara, adjoint au DPS et plusieurs autres personnes. Après les présentations, nous présentons les objectifs de notre venue. Les participants nous remercie de notre venue et du travail accompli. Ils nous enjoignent de redoubler d’effort pour étendre nos actions au-delà de Sansando. Au sujet de la mise à jour du PDL de Béïndou, M. Oularé nous redonne les échéances citées pour haut.

Toujours sur la piste de Sansando, nous faisons une halte au poste de santé de Komandi Koura pour y rencontrer son responsable, M. Mamady Kento, président de l’ADSEV. Ce poste de santé a d’ailleurs été financé par l’association qui précédait Guinée-Cornouaille.
Arrivés à Sansando, après un repas préparé par l’épouse de Kémo, Aïcha, et après la prière, nous sommes reçus par le village et ses représentants. Après présentations et présentation de notre venue, nous écoutons les discours ainsi que les doléances des habitants dont la représentante des femmes. Les sujets sont :
- l’agriculture et la mécanisation de certaines tâches, comme le pilage du riz, dévolu aux femmes ;
- l’accès à l’eau potable ;
- la santé avec le besoin d’un poste de santé ;
- plus ludiques : avec l’achat d’un tambour pour le griot et des maillots de foot.
Nous descendons ensuite vers le bas-fond aménagé en compagnie de nombreux habitantes et habitants. La saison de la récolte du riz a démarré. Les aménagements hydro-agricoles : barrage, diguettes, casiers sont en partie cachés par la végétation. Nous constatons qu’ils sont bien en place. Une discussion s’engage sur les adaptations réalisées par rapport au plan initial. En effet la quantité d’eau et son débit ont été plus importants que prévus. L’expérience de la première année de service a permis de les rectifier. Ils permettent maintenant une meilleure maitrise de l’eau.
De retour au village en fin d’après-midi nous apprenons le décès d’un ancien habitant. Comme le veut la coutume, il sera inhumé dès le lendemain matin. Les activités et nos rencontres sont interrompus pour laisser place au deuil.
Samedi 14 décembre, Guy, Claire et moi profitons de la matinée pour nous rendre à pied à l’autre bas-fond, non aménagé. Au retour nous faisons le point avec le directeur de l’APEK. Le premier groupement agricole, tourné vers la riziculture, fonctionne mais pas aussi bien qu’attendu. Une partie des freins est que les bénéfices engendrés ne sont pas redistribué aux membres. Ils doivent servir à l’achat de matériel ou de semences. L’implication de l’individuel au profit du collectif n’amène pas assez de concret en retour. Une idée serait de diviser le bas-fond en casiers individuels travaillés collectivement mais dont les bénéfices seraient en partie individuelle. La situation du deuxième groupement est plus fragile. Des difficultés liées à l’approvisionnement en eau pour l’arrosage, à la gestion de la divagation des animaux ont nettement réduit la production et l’intérêt porté au maraichage. Une autre difficulté est peut-être liée à la présence d’hommes et de femmes dans le groupement. Les maris ne voient pas d’un bon œil que leurs femmes aillent au champ avec d’autres hommes. La reconfiguration de ce groupement en un mouvement uniquement féminin avec un appui financier pour créer des parcelles clôturées proches du village et alimentées en eau est une solution à envisager.

L’après-midi est consacré à la visite des ruches dites « kényanes ». Dix ruches ont été construites et installées dans la savane arborée. Elles ont été fabriquées au village. M. Fodé Cissé, formateur agricole, nous sert de guide pour nous expliquer ce modèle de ruches. Sur place, l’apiculteur et Fodé s’habillent avec les tenues de protection pour inspecter la présence d’essaim dans les ruches. Dans l’une d’entre-elles un premier rayon se développe.
Dans la soirée, les membres du premier groupement se réunissent avec nous pour échanger. Ils nous font part de leurs besoins qui sont exprimés lors de notre accueil au village. Autre activité financée par Guinée-Cornouaille, l’alphabétisation. Une séance se tient ce jour-même. Nous sommes très émus d’échanger avec les participants qui expriment leur fierté de leur progrès en lecture et en écriture.

Nous repartons le lendemain matin, dimanche 15 décembre pour Faranah. Nous revoyons M. Amadou Keïta, directeur préfectoral de l’agriculture (DPA). Nous lui faisons part de notre satisfaction devant les actions menées. Ensemble nous revenons sur nos échanges quelques jours plus tôt pour les confirmer.
Le lundi 16 décembre, nous prenons la route pour Kindia. Avant cela nous faisons une halte à la sous-préfecture pour y rencontrer son secrétaire général ainsi que M. Mamady Saran Oularé, Directeur des micro-réalisations, et M. Amadou Keita, Directeur de la DPA. Nous témoignons de son passage à la mairie de Béïndou et de l’accueil reçu à Sansando, après plusieurs missions précédentes de GC effectuées en 2022, 2019 et 2018.
En conclusion de cette seconde partie :
- Les liens avec l’APEK étaient facilités par la connaissance de Claire qui a été volontaire deux ans pour cette ONG (2019-2021). Mais sur ce projet, les échanges étaient ponctuels, comme pour l’ADSEV bien que plus fréquents, par téléphone ou visioconférence. Il était donc intéressant que Guy fasse plus amplement connaissance et de pouvoir discuter de leur analyse de la situation en direct.
- Le projet a finalement aidé plus les hommes que les femmes. La place des femmes dans les groupements pose problème à certains maris qui n’apprécient pas que leur femme travaille avec d’autres hommes. La législation des groupements ne permet pas la redistribution des bénéfices qui doivent servir aux investissements futurs et les maris ne voient donc pas le bénéfice que leurs femmes pourraient tirer du travail collectif. De fait, le deuxième groupement, plutôt axé sur le maraîchage, n’a pas d’activités en cours cette année 2024. Il était d’ailleurs moins présent que le premier dans les discussions.
- De plus, la règle de non-redistribution des bénéfices dans les groupements fait passer au second plan le travail dans les terrains collectifs. Cela peut expliquer pourquoi les producteurs n’ont pas semé le riz dès le labour effectué, car ils ont mis la priorité sur le travail dans leurs champs individuels.
- La mission a échangé avec l’APEK sur plusieurs pistes pour ne pas arrêter complètement l’accompagnement, sans repartir sur un gros projet de 3 ans, en s’appuyant sur le conseiller agricole de la direction préfectorale de l’agriculture de la zone(Cf. engagement de la DPA). Nous attendons, à l’heure où sont écrites ces lignes, les préconisations / propositions de l’APEK.
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Un avis sur « Mission 2024 – 2nde partie »